A L’EPREUVE
DES
SORCIERES


 

Calirée aurait bien aimé devenir sorcière.
Agenouillée entre les racines noueuses des très vieux chênes, dans l’odorante mousse moëlleuse, elle pensait à tout ce qu’elle pourrait réaliser quand elle serait en possession de son titre et de ses dons tout neufs.
Devenir sorcière, oui, mais pas n’importe quelle sorcière !

Non, non. Elle voulait être semblable à sa grand-mère Bellazakreth, ou à son arrière-grand-mère : Serekezereth, qu’on lui montrait parfois en exemple, au travers des entrelacs brumeux des toiles des Araignées-du-Temps.
Mais pour devenir sorcière, elle devait déjà passer son examen. Elle devait franchir le cap des enfants-sorcières qui n’avaient droit à aucun sort sérieux.
Juste des trucs qu’un bébé humain aurait pu réussir avec un minimum de concentration, comme par exemple de faire pousser d’énormes crocs à une poule, ou de faire éclore sous le bonnet d’une consoeur une colonie de bolets satan...
Calirée avait déjà sa baguette : une longue et fine tige de sureau dont le milieu exact s’ornait de trois boules de buis noueux.
Instrument original qui pouvait la hisser au niveau des plus fortes : elle concentrerait dans les trois noeuds du bois les sortilèges qui lui vaudraient enfin son titre.
Ainsi pensait-elle au début.
Mais Calirée trouvait que le temps d’étudier viendrait bien assez tôt. Aussi, ne se pressait-elle pas trop. Les demoiselles sorcerettes du hameau étaient déjà fort en avance sur elle, mais celà ne l’empêchait aucunement de bien dormir...

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Leur mine austère prouvait leur sérieux dans l’étude. Elles remâchaient dans leur crâne les sombres formules, mélangeaient ne pensée les ingrédients soufreux, faisaient bouillir d’étranges potions, et leurs yeux se perdaient dans le vague d’en imaginer les applications.
Elles allaient, vêtues de sombres robes tissées de fils d’oubli, entremêlés des crins funestes de méchanceté et rapiécées de lamberaux de toiles d’araignées des caveaux.
Leurs cheveux étaient prisonniers d’acides résilles de racines de cyprès. Leur visage précocement vieilli marquait déjà le plan des réseaux de rides qui ne tarderaient pas à se creuser.
Leur peau au teint cendreux prouvait les nombreux sortilèges essayés : les poudres magique avaient vomi leurs méfaits à la face de ces futures harpies maléfiques.
Leurs yeux étaient fatigués par les longues séances de décryptage d’anciens grimoires à la lueur des bougies ou celle, de plus mauvaise qualité, de leurs charmes illumineux encore tâtonnants.
Un fin bandeau était noué autour de leur tête, plaquant leur nez sur le menton, afin d’acquérir la forme crochue que tout bon appendice nasal de sorcière qui se respecte se doit de présenter.
Dans la plus pure tradition, elles se piquaient la peau avec les épines du buisson à mandragore afin qu’éclosent verrues et furoncles. Elles greffaient ensuite sur ces disgrâcieuses pustules les poils drus et roux de vampires angoras.
Ces métamorphoses donnaient froid dans le dos à Calirée. Elle refusait de penser de toutes ses forces que son destin était là. Malgré les recommandations de grand-mère Bellazakreth, elle ne voulait pas se plier aux servitudes de cet atroce rituel.
Elle préférait aux vieux grimoires incompréhensibles que des générations de sorcières avaient traduits, les contes remplis de prince charmants en armure qui bondissaient au secours de belles princesses au teint de soleil. Ces héros faisaient voler pour elles à coups d’épée les écailles des dragons cerbères, libérant des trésors falbuleux grâce auxquels ils achetaient vastes fiefs et splendides châteaux.
De tendres baisers étaient échangés au milieu de faons et de biches attendris. Succédaient alors de somptueux mariages, et nombreuse lignée.
Ces livres interdits avaient autrefois été rapportés par une aïeule. La poussière et les insectes en avaient dévoré des passages entiers, quelquefois le dénouement...

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Calirée les consultait en cachette. Elle remplaçait les belles gravures de nobles héros et de demoiselles par des couvertures de cuir hideuses et toutes moisies, gravées de caractères sybillins et de pentacles inquiétants.
Celà donnait le change à grand-mère Bellazakreth. Elle perdait son air soucieux durant les quelques heures de lecture qu’enfin elle pensait sérieuses.
La brave grand-mère avait de quoi se désoler !
Elle se demandait avec inquiétude comment honorer son engagement de porter Calirée aux nues de la confrérie. Engagement des plus hasardeux...
Calirée n’était pas à proprement parler sur les rails menant à la magie noire de Haute-Sorcellerie.
Au lieu de parcourir les buissons d’épineux à la recherche de simples, des racines à pouvoir ou de piéger les bestioles-ingrédients, elle préférait courir dans la forêt en la compagnie des biches et de leurs faons. Protéger dans son corsage les petits écureuils farceurs, menacés par les griffes des chats sauvages auxquels ils venaient de tirer les moustaches. Nager avec les castors dans les lacs et parcourir les interminables galeries de leurs barrages. Enfumer les abeilles sauvages afin de leur chiper leurs gâteaux de miel, et pique-niquer avec les oursons gourmands...
Elle aimait à rêvasser dans la mousse des sous-bois, un bébé loup sur les genoux. Ecoutant les légendes murmurées par la source jaillissant du coeur de la montagne.
La Source lui avait un jour glissé une perle d’eau dans le creux de la main. Elle remerciait ainsi les longues après-midi d’écoute attentive.
Calirée avait fixé la perle sur le bout de son élégante baguette. Quelle superbe décoration ! Car il ne lui était pas venu à l’esprit d’accorder un quelconque pouvoir au gacieux décor...
De toute façon, Calirée n’était pas douée pour lancer des sorts. Même son balai ne lui obéissait pas ! Combien de fois était-elle rentrée à pieds parce que ce dernier avait épuisé ses batteries magiques, laissées par la grand-mère, et n’avait rien voulu savoir des incantations bredouillantes de la petite sorcière ?
Au village, on se moquait d’elle.
Ses consoeurs passaient à côté en ricanant, brandissant de noueux bâtons noirs d’où jaillissaient de mauves éclairs vénéneux. Elles désséchaient l‘atmosphère, faisaient se tordre de douleur les fleurs et les branches qui voyaient leurs fruits se racornir et puis tomber.

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Calirée se moquait des pouvoirs de ses consoeurs qu’elle trouvait cruels, stupides et sans grand interêt.
La veille, elle n’était pas descendue au cours de nécrosection dans les cryptes qui fleuraient bon l’os poussièreux et la vieille chair momifiée.
L’endroit l’épouvantait. Et ce que l’on y pratiquait plus encore !
Elle avait profité du temps libre et du peu de monde restant au hameau pour libérer les petits captifs destinés aux offrandes et sacrifices du sabbat de la Lune Rousse.
Les loups gris s’étaient enfuis à toutes pattes. Les oiseaux avaient regagné la forêt, les serpents et les lézards itou. Crapauds et grenouilles, bondissants, avaient rejoint leurs marais. Les petites créatures rampantes des bayous s’étaient terrées sous les pierres, attendant l’humidité de la nuit pour filer. La hampe de la petite licorne avait fendu l’air, droit devant.
Calirée avait pénétré dans le tronc de l’ancestral chêne millénaire, descendu l’escalier tournant qui s’enfonçait dans son tronc.
Ce jour-là, personne ne consultait d’archives dans la sombre et poussièreuse bibliothèque souterraine.. Là, elle avait vidé les crânes contenant les racines maudites, qui distillaient dans l’air leurs vapeurs corrosives, les herbes ensorcelées, qui retenaient spectres et fantômes dans les lieux, et les avaient remplacées par d’éclatantes gerbes de fleurs des champs.
Des rouges-coquelicots, des bleus-pervenche, des jaunes-bouton-d’or. De quoi filer une attaque aux vieilles ridées qui jamais n’avaient eu la moindre pinte d’humour.
La profanation constatée, grand-mère Bellazakreth avait dû employer toute sa notoriété pour empêcher que l’on châtie avec rudesse sa protégée.
Mais on avait posé un ultimatum : au moindre faux-pas, Calirée serait livrée trois nuits durant aux goules de la Crypte-du-Châtiment.
L’espièglerie est très mal vue chez les sorcières !
On lui avait laissé jusqu’à la nouvelle lune pour modifier son laisser-aller.
En premier, il avait été ordonné qu’elle change de nom. Calirée n’était pas un nom de sorcière. Tout au plus un nom de bonne-fée...

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On ne voulait pas de çà dans la communauté !
On lui intima ensuite de modifier ses tenues vestimentaires. Les toilettes lesquelles se pavanait la demoiselle n’étaient pas du goût de tout le monde... de personne, à vrai dire.
Enfin, on se récria que la sorcerette-cancre se mette sérieusement aux études et à la recherche du maléfice.
Ce soir-là, grand-mère Bellazakreth rentra mornement en son logis. Elle respectait les Anciennes, détentrices d’un effrayant savoir et de puissants pouvoirs. Mais elle aimait secrètement les défauts dont om blâmait sa petite.
Elle s’inquiétait d’ailleurs doublement : depuis le point du jour, nulle part on n’avait aperçu la petite furie.

La porte s’ouvre brusquement, raclant les pavés disjoints et grinçant sinistrement sur ses gonds. Tel est le travail de toute bonne porte servant dans une cahute de sorcière : imiter le gémissement d’une âme damnée.
Grand-mère Bellazakreth avait dû à plusieurs reprises jeter de la poudre -qui-fait-rouiller sur les gonds malintentionnément huilés.
Passe le seuil un étincellant courant d’air vêtu des fils d’argent que laisse la rosée, accompagné du resplendissant du resplendissant chatoiement d’un lever de soleil.
Grand-mère Bellazakreth sourit tendrement, appréciant la nouvelle ingéniosité vestimentaire de sa sorcerette. Mais prudence ! Il n’en faut rien laisser paraître. Elle creuse ses rides, plisse ses yeux, remonte son menton sous son nez tombant. Elle croise haut les bras, et les araignées toussent dans les plis poussiéreux de son habit.
Surtout, ne pas avoir l’air d’encourager les écarts à la mode sorcière du petit monstre femelle. Qui sait ce qu’elle serait encore capable d’inventer pour révolutionner l’ordre...
- Grand-mère, regarde ce que j’ai déniché dans les roches du Cap des Lépreux :
Ingénuement, la fillette ouvre ses mains. Un petit museau moustachu paraît, inspecte les alentours, et se recule précipitamment dnans la chaleur protectrice des mains jointes :

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- Eh bien, fillette, quel émoi. C’est un bébé cyoméras. Très facile à transformer en scolopendre vénéneux.
- En scolopendre ? Quelle idée ! N’est-il pas mignon ainsi ? Et de toute manière, je n’aime pas ces insectes...
- Bon, soupire la grand-mère. Ce sera un peu plus difficile, mais tu peux aussi le métamorphoser en hydre visqueuse.
- Non, non et non ! Il est blessé, et tu vas m’aider à le soigner !
- Le soigner ? Tu n’y penses pas ! Tu sais pourtant fort bien que guérir est formellement interdit à toute sorcière, sauf accord express des Anciennes-Conseillères. Et je doute que tes raisons les émeuve beaucoup. Mais puisqu’il va mourir, qu’il serve au moins à ton éducation.
- Grand-mère, je te préviens : si tu me le laisses mourir, j’oublie les sortilèges pour ensorceler les balais !
- Pour ce que tu en as retenu, petite cancre...
- Et j’irais désormais de par le village à dos de licorne !
- De licorne ?!
- Et je décore de guirlandes d’ail les trombeaux des Vénérables Ancêtres de Kregaleth !
- Petite malheureuse ! D’ail les Ancêtres de Kregaleth...
- Et j’écris par-dessus tes vieilles formules le conte de Blanche-Neige, où la sorcière perd à la fin !
- Inconsciente ! Tu n’y penses pas réellement ?
- Si...
- Cent-mille crapauds verruqueux !...
- Vite, grand-mère, la petite bête va mourir.
- Très bien. Donne-moi ta petite catastrophe... Mais tu dois me promettre...
- Tout ce que tu voudras, mais dépêche-toi !
- De celà, fillette, nous en reparlerons...

La sorcière libère les ferrures d’un gros coffre dont le couvercle, arrachant ses charnières, vole au plafond. Une boule de poussière jaillit, compacte, et tourne sur elle-même, menaçant maëlstrom.

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La sorcière grince une courte injonction, qui calme le redoutable gardien de la vieille malle. La poussière se dépose sur les vieilles reliures contenues dans ses profondeurs. La main décharnée fouille, chassant de petites démons endormis, et saisit un grimoire abîmé.
Grand-mère le dépose sur la table, claque des doigts en direction de la porte. Une lueur violente l’enveloppe. Les épaisses planches patinées paraissent se gonfler comme une poitrine remplie d’air.
Nul ne pourra la franchir tant que le sort n’en sera pas levé.
La vieille sorcière, d’un mouvement large qui fait voler ses vastes manches, illumine irréellement la pièce obscure.
Puis, d’un coup d’ongle tordu, elle ordonne de s’élever au vieux manuscrit qui s’immobilise sous le nez crochu. D’un nouveau geste, les pages jaunies et frangées se mettent à défiler jusqu’à ce qu’un mot les arrête dans un craquement de vieux papier.
Grand-mère Bellazakreth psalmodie sur un ton de vieille crécelle enrouée :
- Qu’aident les torrents bleus qui ramènent la vigueur. Que coulent les cascades auréolées de l’esprit de la Très Ancienne. Zéphyrs du matin, oyez. Saltharis et Oryathlas. Que s’éloignent Krineheremehem et Lliommealth du corps du petit cyoméras.
Et une foule de tons gutturaux que Calirée a du mal à ouïr. Et moult voix qui semblent provenir des recoins de la pièce. Des souffles et des rauquements rageurs. Des plaintes déchirantes et des supplications.
Et quand tout cela a cessé, la petite bête arrête ses gémissements et s’endort profondément en couchant les oreilles sur son museau.
Calirée saute au cou de sa bonne grand-mère en clamant sa joie. Elle reprend le petit animal qu’elle berce un moment.
Grand-mère récupére et fixe le couvercle de son vieux coffre. Elle y dépose son grimoire, rappelle le gardien qui s’y engouffre avec sa traîne de poussières.
Elle ordonne la levée du maléfice gardant la porte. La luminescence à l’odeur de soufre s’éteint en un éclair sombre qui retombe en une épaisse cendre sur les épaules et les cheveux.

7


Calirée marche dans la nuit. Elle s’éloigne du pays des sorcières. Elle reconduit son petit cyoméras vers la douce forêt qui veillera sur lui jusqu’à sa guérison.
Dans son noir chaudron cabossé, grand-mère Bellazakreth prépare un mystérieux élixir. Sous l’action des vertes flammes du foyer, un gros bouillonnement crève la surface de l’épaisse préparation. Des bulles lourdes et molles qui, en éclatant, rejettent des postillons couleur de sang corrompu. Une suffocante odeur plane dans la pièce, pénètre les murs.
Calirée, fronçant le nez, est assise sur une chaise et balance nonchalamment les jambes. Elle tourne sans conviction les feuillets d’un gros bouquin posé devant elle. Elle s’est essayé durant presqu’une heure à le faire flotter à hauteur de son visage, mais n’a réussi qu’avec effort à en tourner deux pages. Finalement, le bouquin est aussi bien sur la talbe, et en tourner les feuilles de deux doigts nonchalants est bien moins fatigant !
Pendant que derrière elle, les ingrédients pleuvent dans la marmite :
- Trois pincées de poudre d’aile de griffon, un zeste d’humeur mauvaise, et une poignée d’écailles de lézard des murailles trempée dans la bave d’un loup-garou aux abois. Fort bien ! Un oeil de rat ayant séché sous un gibet, un gésier de poulet cueilli dans l’estomac d’un chien jaune devenu fou, une ortie ayant poussé sur le cadavre d’une Loreleï...
Un geste vers une étagère surchargée : un pot de terre traverse la pièce empuantie, et se sépare de son couvercle devant la grand-mère qui en prélève une pincée et renvoie le récipient, qui se réconcilie en chemin avec son chapeau.
- Et un soupçon de sale caractère trempé dans un suc de pierre aigrie... cela devrait marcher... Puis...
- Grand-mère, apprends-moi à soigner !
- Quand tu seras devenue sorcière, petite fille.
- Mais pourquoi pas maintenant ?
- Parce qu’il n’est pas encore temps.Tu as les bases à apprendre, avant.

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- Il faut toujours apprendre ce qui ne m’intéresse pas. Si tu m’apprends à soigner, peut-être que cela m’encouragerait. Alors, je ferais tous mes devoirs...
- Non ! Même si je le voulais, je ne pourrais pas t’instruire de cela.
- Tu sais pourtant le faire, toi !
- Oui, mais guérir ne peut se livrer ainsi. Ce serait trahir que de le révéler à quelqu’un de non initié. Il faut déjà être sorcière, avoir fait ses voeux, et les avoir tenus longtemps.
- Mais pourquoi toutes ces complications ?
- Parce que ces dons ne sont pas pour n’importe quelles mains. Imagine que quelqu’un de bon les apprenne. Il pourrait s’en servir au profit des hommes. Alors, ils deviendraient forts, ne nous craindraient plus. Et nous, nous survivons de cette crainte que nous leur inspirons. Nous sombrerions dans la risée et l’oubli. Ils nous donneraient la chasse sans rien plus redouter de nous. Peut-être nous extermineraient-ils -les hommes n’ont pas de mesure- et les légendes mêmes se moqueraient de nous.
- A quoi donc servent des sorts qu’il est interdit d’employer ?
- A prouver à nos zélés servants que nous pouvons tout, aussi bien dans le domaine du mal que celui du bien. Car rien n’est à négliger. Et les Hommes ont l’esprit très fertile : changes en crapaud un épouvantail devant l’un d’eux, toute la contrée se mobilise aussitôt pour résister à une horde d’hydres de paille... C’est une puissance qui nous sert à garder nos mystères, et nous assure la répulsion de nos ennemis. S’ils craignent l’une d’entre nous, installée à l’orée de leur village, ils viendront d’autant moins s’égarer dans les marais maudits qui protégent notre hameau pour fourrer leur vilain nez dans nos secrets.
- Que de complications ! Mais toi, tu n’es pas toujours d’accord des méchancetés des autres sorcières. Tu es bien plus bonne qu’elles. Et en plus, tu veux bien soigner les petites bêtes blessées que je trouve.
- Et je ne le devrais pas. Mille vipères sifflantes, ne vas surtout pas raconter ceci à quelqu’un, hein !
- Non, mais si tu me confiais la formule pour guérir, tu n’aurais plus à trahir...
- Je t’ai déjà expliqué mille fois...

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- Tu n’aurais qu’à laisser traîner le parchemin. Tiens, là, sur ce tabouret, par exemple. Et moi, je pourrais le trouver...
- Non, petite fille. D’abord, une sorcière n’écrit que les formules qu’elle met elle-même au point.Et ua grand jamais celles qui se transmettent de famille.
- Mais tes grimoires sont remplis de recettes que tu me demandes sans cesse d’employer. Alors, pourquoi pas celle qui guérit ?
- Tu comprendras tout celà plus tard, lorsque tu seras devenue sorcière et que tu auras fait tes voeux.
- Quels voeux ?
- On te le dira bien assez tôt...
- Quels voeux, grand-mère ?
- Deviens sorcière et tu le sauras.

 

S’il fallait en passer par là...
Calirée s’était replongée dans les vieux bouquins moisis. Elle était même allée au-delà. Mais dans une autre direction... Les yeux perdus dans le vague des formules dansantes, elle rêvait qu’elle était une jolie sorcière et qu’elle avait le droit de guérir tout ce que bon lui semblait, sans demander l’autorisation à personne !
Qu’elle partait au pays des châteaux enchantés, aux beaux jardins avec des haies en labyrinthe bien taillées. Des bancs partout camouflés dans des petits recoins feuillus. Des arbres à l’ombre parfumée qui protégeait les blaisers qui s’échangeaient.
Les cours se remplissaient de somptueux carrosses attelés de magnifiques chevaux. De belles dames en descendaient au bras de princes attentionnés.
Il régnait dans les vastes pièces des châteaux une activité de ruche. On s’affairait à dresser de riches buffets. La vaisselle d’argent, de vermeil et de cristal étincelait dans la nuit descendante. L’odeur d’une nourriture raffinée planait sur tout celà et encourageait à la fête.
Et toute la nuit elle dansait au son du violon, de la harpe et du hautbois. Enivrée de valses et de mazurka. Passant des bras d’un prince à ceux d’un roi.

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Puis elle fuyait avant le petit jour, pour que ses toilettes tissées de parfums de nuit ne s’évaporent pas à la lueur du petit matin, laissant derrrière elle des fils de roi éperdus...
Elle rêvait de voler sous les frondaisons en compagnie des sylphes et des lutins, sans l’aide du hideux balai des sorcières qui alourdissait le vol.
Car les sorcières ont le pouvoir de voler sans leur balai, mais celà aussi est interdit !
Tout ce dont rêvait Calirée n’était pas dans les principes fondamentaux que se devait de suivre toute bonne sorcière de tradition. Mais ses lointains songes la poussaient à feuilleter nonchalamment les grimoires et grand-mère Bellazakreth était aux anges.

Calirée avait à choisir le sort à présenter devant l’assemblée du Grand Sabbat de la Lune Rousse., lors de la sélection des nouvelles sorcières. Elle feuilleta les écrits tout un jour. Mais au soir, elle ne s’était décidé pour aucun des milliers de sorts, maléfices, sortilèges, désenchantements, envoûtements, métamorphoses ou élixirs...
- Grand-mère, lorsque tu étais novice, autrefois, qu’as-tu choisi de présenter aux Anciennes-Conseillères ?
- J’avais ensorcelé un arbrisseau.
- Ah ?
- Posté à l’orée d’un bois, il attrapait les fées, lutins et autre faune en vol, dans une toile de nuit blême tendue entre ses rameaux. Il leur arrachait ensuite leur baguette magique, bonnet à grelot ou boucle de ceinture enchantée, afin de leur retirer le pouvoir de s’échapper, et les emprisonnant jusqu’à ce que nous venions nous en emparer pour que ces petits êtres bonnement maudits servent à nos expériences.
- Oh ! Que tu étais donc méchante ! J’aime bien les lutins, les fées et les lucioles.
- Il ne faut jamais dire cela. Ces êtres sont bons. Ils sont nos ennemis.
- Mais pourquoi, puisqu’ils ne font de mal à personne ?
- Et pourquoi le papillon n’aime pas l’araignée ? C’est ainsi !

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- Oh ! non ! Ce n’est pas la même chose ! Les papillons sont éclatants et gracieux. Personne ne peut se palindre d’eux. Pas même les fleurs, de qui ils se nourrissent pourtant. Mais même en celà, ils leur rendent service. Tandis que l’araignée est méchante, laide et sournoise. Elle se tapit au plus profond de sa toile hypocrite, dans la seule attente de voir s’y empêtrer l’innocent insecte pour l’y venir massacrer. Et je trouve que les sorcières sont comme...
- Calirée, je t’ordonne de te remettre à tes grimoires et de cesser tes comparaisons immorales !

 

Le temps des treize lunes a presque passé. Grand-mère Bellazakreth a eu une discussion orageuse avec Calirée. Elle a tempêté de toute sa voix, en laissant échapper des sorts de colère qui auraient pu blesser l’enfant.
Mais ce n’est pas celà qui a fléchit la sorcerette. Sa grand-mère a décrit les railleries dont on l’accablait durant les réunions, les regards qu’on lui jetait dans les rues boueuses du hameau, le peu de crédit qu’on apportait depuis quelques temps à ses conseils... Se rendait-elle compte, cette petite délurée : une vie entière de sérieux dans ses fonctions, pour se retrouver ravalée au rang d’étrangère dont la réputation est mise en doute.
Calirée, peinée, a promis qu’elle se mettait séance tenante à rattraper le temps perdu. Elle a cessé ses farces contre les vieilles mégères grinçantes. Espacé ses visites à la Source et au petit cyoméras qui grandit. Elle ne confectionne plus les beaux habits dont elle se parait naguère. Elle a revêtu des étoffes claires, mais celles-ci s’altèrent dans la poussière de la bibliothèque, de ne connaître que la pénombre de l’antique caverne pleine de recoins, où jamais le soleil n’a posé de rayon, et à l’atmosphère chargée de ces relents aigres de sorcellerie qui ont de tout temps hanté ces lieux.
Calirée a fini par faire des progrès. Elle connaît nombre de principes simples qui l’aideront en toute chose. Elle sait maintenant envoûter les livres qui trouvent tout seuls les bonnes pages. Elle sait aussi créer la lumière noire qui n’altère pas les grimoires fragiles.
Elle sait se servir des herbes et des racines, préparer les mixtures qui rendent aveugle de rage et bavant de haine.

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Elle apprend par coeur des formules, comme faire s’envoler des eaux des poissons emprisonnés dans des bulles de vase, paralyser en vol les ailes d’un oiseau, changer en lames de faux les bras du berger qui étreint sa bergère...
Calirée déteste tout celà. Elle sait que jamais elle ne le réalisera. Mais elle continue d’apprendre. Elle espère surtout qu’un jour, elle pourra apprendre les envoûtements contraires à toutes ces horribles choses.
La théorie ayant bvien avancé, grand-mère Bellazakreth, rayonnante des progrès de sa petite fille, lui demande de formuler son premier sort sérieux.
Rendre bavarde une vieille tombe ne doit pas être bien sorcier !
La recette dit qu’il suffit de rassembler les ingrédients, de les réduire en poudre, de les chauffer, d’en assembler quelques-uns, d’en dissocier d’autres, de les laisser décanter dans une cornue, d’extraire certains éléments volatils et de les mélanger avec des solides, de...
Le premier élément doit être un oeil de couleuvre encore palpitant...
- Grand-mère, te reste-t-il des yeux de couleuvres ?
- As-tu bien traduit, Calirée ? L’oeil doit être encore vivant quand tu l’inclueras à la préparation. Attrape donc le serpent, et prends-lui son oeil.
- Mais, je ne pourrais jamais faire celà !
- Il n’est pourtant pas bien difficile d’attraper une couleuvre !
- Non, pas trop...
- Puisqu’elles sont de tes amies, appelles-en une, et elle se lovera au creux de ta main.
- Et... Et après ?
- Prends-lui son oeil !
- Je ne pourrai jamais...
- Alors, demande-le lui. Elle fera bien celà pour te rendre service !
- Mais, elle aura très mal !
- Peut-être pas si tu l’endors.
- Et elle ne verra jamais plus comme avant. Elle risque de se faire attraper par un mistigris ou une croneille. Non, je ne veux pas !
- Alors, change de sortilège...

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- Grand-mère, où trouve-t-on un orteil de démon des rochers ?
- Petite fille, ce sortilège n’est pas pour toi...
- Pourquoi pas, si je dois en choisir un qui me plaise...
- Pas celui-là ! Remets donc dans ma cassette ce parchemin que tu n’aurais jamais dû toucher, et reprends les grimoires que je t’ai cédés.
- Oh ! Grand-mère, cleui-là me plaît !
- Peut-être, mais il n’est pas encore pour toi.
- Je veux quand même l’essayer !
- Alors, trouve le démon des rochers...
- Ne pourrais-tu... m’en procurer un ?
- Non, à toi de te débrouiller.
- Mais, puisque ce n’est pas de mon niveau...
- Calirée, il y a autour de toi des vapeurs de mauvaise foi à étouffer un diable.

 

 

 Le temps des Treize Lunes est bientôt écoulé. Les sorcières novices sortent des masures en clignant des yeux. Elles mettent une dernière incantation dans les noeuds de leurs horribles bâtons noirs. Elles peaufinent un effet magique, une ultime note cruelle afin d’être mieux notées.

Elles se pavanent, la tête haute, verrues au vent, comme si chacune d’elles devait être Reine de Sabbat.
Leurs études finies, elles vont errer dans les manoirs abandonnés, les vieux châteaux où personne ne vit plus, les ruines funestes, les cimetières oubliés où les dernières sentinelles restent les lézards, les lichens et les ronciers.
Elles s’imprègnent de l’ambiance des lieux que les légendes leurs veulent privilégiés.

De derrière sa table encombrée de vieux livres, Calirée les regarde au travers de la petite lucarne poussièreuse. Elle ne se sent aucunement proche de ces jeunes-vieilles qui ricanent sur ses talons. Singeant la «damoiselles» précieuse qui se vêt comme un arc-en-ciel ridicule et qui «aime» les animaux.

Elles lancent des plaisanteries aigres de leurs voix éraillées, sur les façons d’accomoder les coeurs et les tripes des petits chéris de la tendre Calirée-au-nom-de-fée.

 



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Calirée, de son côté, les plaignait gentiment. Si jeunes et déjà si horribles. On accepte la vénérable laideur des gardiennes de la bibliothèque, des ancêtres momifiées dans la mousse des cryptes, de sa grand-mère qui a amassé ses rides en même temps que la savoir et la puissance.
De même qu’on aime tous les détails sur le visage de nos grand-mères : ces petits yeux qui regardent par-dessus des lorgnons d’un autre âge, ces rares cheveux blancs, toujours bien tirés tenus par un chignon et des épingles de bois. La verrue sur le nez ou sous le menton, qu’on essaye malgré tout d’éviter quand elle nous fait la bise. Cette peau plissée qui se déride en un bon sourire, alors que les vénérables mains qui ont tout connu vous tendent un biscuit ou un verre de limonade, un carré de chocolat...
Le vieux tablier noir à fleurs blanches, toujours bien repassé, pelucheux d’avoir tant servi, tout rapiécé, et sentant le feu de bois et la soupe à la citrouille.
Il était horrible de voir ces détails-là sur des corps encore jeunes et souples. Ces malformations provoquées à dessein pour se vieillir précocement. Les yeux étrécis comme des limaçons momifiés au fond de leur coquille, brillants d’une pâle lueur sournoise et mauva ise ; les nez crochus comme des serres de vautour empoisonné, ornés d’une foule de verrue aux poils épais et drus tels du crin de vieil âne ; les furoncles provoqués moutonnant sous les mentons relevés, selon le dernier chic sorcier.
Leurs vêtements usés, crasseux sombres et inconfortables qu’elles se plaisent à porter s’harmonisent avec le vieux galure pointu posé sur leur tignasse crêpue. La grosse boucle vert de grisée qui tient le ruban du couvre-horreur fait penser à une antique ferraille abandonnée là.
En ces catastrophes anatomiques, seules les dents blanches, pas encore transformées en chicots disparates, prouvent leur jeunesse.
Elles ont toutes pétri leur peau avec la vase sulfureuse des sources volcaniques qui donne à leur visage l’aspect de vieux carton-pâte moisi. Leurs doigts sont crochus d’avoir agrippé des nuits entières des os de griffon. Leurs articulations sont noueuses et malhabiles.
Leurs ongles poussent noirs et tordus, suite aux bains pris dans des décoctions d’orties et de fougères de gouffre.

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Leurs cheveux, crêpus et cassants, le doivent aux longues stations au fond des souterrains humides avec une méduse de bayou en guise de couvre-chef, faisant ainsi ressembler chacun de leur cheveu à un serpent furieux se tordant de haine ou de douleur.
Jusqu’à leur voix, éraillée, qui semble charrier du gravier à chacune de leur parole. Intéressant résultat dû à des tentacules de Korizards que l’on garde autour du cou durant les nuits de lune pluvieuse.
Calirée n’a pu se résigner à adopter la moindre de ces coutumes. Et pour commencer, elle a refusé tout net de changer de nom. Un matin, des mégères sont venues en délégation lui proposer un os sur lequel était gravé le nouveau nom qu’on entendait lui voir adopter : «Kertarlerzakreth». Le nom prestigieux d’une ancêtre méritante, paraît-il. Elle n’a pu se retenir de leur rire au nez. Ces noms à écorcher la bouche ne seront pas son boulet. Elle serait sorcière Calirée ou ne le serait jamais...

Très mal partie dans le look, elle n’a pas plus réussi en ce qui concernait le prélèvement des ingrédients. Un foie de renard devait lui permettre de réaliser la totale soumission d’un Miroir du Maléfice. Elle s’est essayée à capturer un petit renard, mais n’a pu se résoudre à lui prendre son foie.
Elle lui a donné du lait et l’a laissé partir en s’excusant de l’avoir effrayé lors de sa capture.
Les hochements de tête résignés de grand-mère Bellazakreth ne lui ont donné aucun remord.
Son balai refuse toujours de s’imprégner du pouvoir de propulsion qu’elle s’ingénie nonchalamment à vouloir lui donner. De toute façon, elle n’aime pas ce moyen de locomotion. Cela inquiète les habitants de la forêt.
Dehors, les groupes de sorcerette se font plus nombreux. C’est que la dernière d’entre elles a fermé ses livres. Elle a mémorisé les dernières arcanes, l’ultime enchantement.
Elles s’interpellent en criaillant, se racontent les monotones journées d’étude.

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Elles relatent leurs échecs dans des explosions de vieux chaudrons, des éclaboussures sulfureuses. Leurs réussites : l’apparition d’un succube, l’incarnation d’une croix tordue en antique chevalier rhumatisant. Leurs vêtements les environnent d’une malsaine poussière à chacun de leur mouvement. Un serpent sort d’une manche, une salamandre passe la tête par le trou d’un chapeau.
Calirée regrette le temps où elle s’enroulait dans ses habits d’une heure, fruits de son imagination fraîche et gaie.
Depuis combien de temps sa peau n’a-t-elle pas connu la caresse des brumes d’aurore qui s’évaporent dès l’apparition des premiers rayons timides du soleil ? Moment où il faut vivement réunir les torrides vapeurs de chaleur, sans cesse arrosées de fines gouttelettes qui parent le corps d’un arc-en-ciel constant, plus beau et plus doux que la soie et le satin que portent les filsde roi.
Et au moment où le soir tombe, où l’air fraîchit, s’environner du pourpre crépuscule, quand le kaléidoscope des arcs-en-ciel ne trouve plus la chaleur nécessaire pour chatoyer.
Afin de ne pas se retrouver nue, vitement, se lover dans les écharpes du fin brouillard précédant de peu la nuit, habit doucement glacé des éphémères fins de soirée.
Et encore, la parure pour se promener au clair de lune, qui capte les reflets scintillants des étoiles satinées. Environnant la silhouette d’un bleuté aérien de fée. Elle se souvenait avoir dansé dans les clairières inondées de lune, accrochant aux feuille humides le bleu moiré de son atour de nuit magique.
Un irrésistible élan la pousse ce soir vers la forêt.
Elle déjoue avec des ruses de sioux la surveillance de grand-mère Bellazakreth. D’un claquement de doigts, une couverture rêche prend la forme de son corps, et s’installe sur la chaise. Devant elle, un grimoire se feuillettera de lui-même, quand les soupçons se condenseront par trop sur l’immobilité de la silhouette.
Il n’en faut pas plus. Grand-mère Bellazakreth doit partir cette nuit-même en voyage, pour quelques jours. Un grand sabbat se prépare au coeur des bayous lugubres. En cet endroit maudit, les sorcières doivent décider du sort des hommes d’un petit village qui a brûlé l’une des leurs, au cours du dernier automne.

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Elle évite les groupes de sorcerettes, déjoue la surveillance des vieux hydres, gardiens des frontières du village.
Ses idées noires s’envolent loin derrnière, alors qu’elle quitte l’atmosphère lourde du hameau. Elle se sent des ailes aux pieds, maintenant qu’elle s’est éloignée de la bulle des maléfices millénaires chapeautant le village.

La lisière des grands arbres est en vue. Les frondaisons l’enveloppent bientôt de leur ombre. Mais les odeurs méphitiques s’accrochent encore à ses pas.On se méfie de cette nouvelle venue, arrivée tout droit des terres de cendre.
Les branches s’écartent, les feuilles s’enroulent sur elles-mêmes, évitant le contact.
Les massifs de ronces se resserrent, prêts à défendre l’entrée du sous-bois à une indésirable. Les lierres rampent par le travers du chemin. A la moidnre alerte, ils s’entortilleront autour des chevilles.
Les pépiements se sont tus. Les furettements dans la mousse et les branches ont cessé.
Le vent agite doucement les arbrisseaux. Leurs tiges flexibles seront d’impitoyables fouets.
Les racines secouent leur terre au ras du sol, prévoyant de ceinturer l’ennemi. Les écureuils ont amassé les plus gros cailloux qu’ils aient pu porter au bord de leur nid. Les sangliers se tiennent prêts à charger, défenses au ras des broussailles; Les oiseaux sont allés réveiller les loups qui dormaient encore....
Mais d’un seul coup, la tension se relâche. L’air circule de nouveau dans les poumons, et les végétaux recroquevillés se détendent. Les frondaisons se remplissent de nouveau de chants. Les feuilles se font caressantes. Les hirondelles et les rouges-gorges se posent alentour en gazouillant mille histoires.
Calirée a arraché les tissus rêches et poussièreux qu’elle a gardés durant ses longs mois d’étude. Elle envoie valser du bout du pied ses grosses chaussures à boucle, enlève son chapeau pointu et tout plissé qu’hantent les puces et les cafards.
Voilà ! Elle n’a plus rien. Envolés les pesants souvenirs de ces derniers temps !

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La mousse se fait douce à ses pieds nus. En petites tornades rousses, les écureuils s’enroulent autour des troncs pour la rejoindre. Les champignons écartent de leur chapeau le tapis de feuilles sous lequel ils s’étaient enfouis.
Calmirée ! Cest Calirée ! Sortez tous l’accueillir ! Elle est revenue ! Pas de danger, c’est Calirée !
Un cortège bruyant l’accompagne au travers du bois. En trois bonds, le petit cyoméras se love sous son menton.
Et commence alors le jeu des retrouvailles : un murmure mouillé sourd de sous les racines d’un grand chêne. Mais non ! Il n’y a plus rien quand l’apprentie sorcière écarte les feuilles mortes.
Beaucoup plus loin, dans un massif de jeunes bouleaux, un petit poisson saute, accrochant de ses écailles la lumière tmaisée du sous-bois.
Mais aucune trace de ruisselet quand la sorcereette s’en approche.
Un peu plus loin, sur la droite, les épaisses fougères ne cachent rien non plus. Pourtant, l’herbe y est mouillée...
Calirée s’en retourne de quelques pas, vers les animaux qui observent le duel. Mais, se retournant tout soudain, et en trois cabrioles, elle bondit au coeur du massif des feuilles dentelées.
Plouf !
La Source est là. Cascadant maintenant sans retenue dans un petit bassin de cristal. La source l’a accueillie. Des remous et des tourbillons se lancent à l’assaut de la peau blanche, bouillonnant de myriades de bulles, électrisant de longs frissons au tarvers du corps souple.
La morosité des derniers mois s’en est envolée. Plus rien de triste n’assombrit les pensées de Calirée. Les oiseaux se sont regroupés sur les branches alentour, et les petites comme les grosses bestioles se serrent autour du bassin.
Personne ne veut perdre une miette des histoires contées par la docte Source.
Longtemps après, Calirée s’arraché à la douceur de l’eau. Ruisselante, couverte de frissons, elle esquisse quelques pas de danse sur les pointes des pieds. Les oiseaux l’accom pagnent en trillant éperdument. Les lapins bondissent entre ses jambes, les renardeaux font des galipettes. Un ourson roule si vite qu’on ne distingue qu’avec peine sa tête nichée au creux de ses pattes.

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Hermines et souris s’écartent prudemment de sa trajectoire.
Calirée s’arrête net.
Tout s’est tu.
Elle claque des doigts en direction de la source. Elle tourne sur elle-même. Ses bras ont des mouvements aériens.
Un parfum de mousse humide se lève aussitôt de la terre, semble prendre consistance et se colore d’un beau vert frais. La longue écharpe tourbillonne, étroitement liée au corps qu’elle épouse d’incomparable douceur. Les doigts fins appellent alentour la senteur acide de la clairière, la subtile fragrance de ce jour de printemps, le délicat fumet des plantes cachées, le gourmant parfum des baies et des fruits des bois.
En longs bandeaux irréels, les senteurs virevoltent. De leurs transparences surajoutées, elles rendent imprécis les détails du corps. La fine silhouette se meut en liberté sous le spectre évanescent des couleurs à peine prononcées.
Calirée, maintenant toute parée de voiles séraphiques, s’arrête soudain, se contemple, et éclate de rire. Rire auquel répondent le chant des oiseaux, les petits cris des minuscules bestioles sympathiques, tout en fourrures et longues moustaches, le friselis de la cascade.
Sur une grande roche veticale, la Source maintient une fine pellicule d’eau. , dans laquelle se mire le reflet de la sorcerette qui danse à en perdre le souffle, accompagnée des mouvements aériens de son vêtement de parfums.
Elle se laisse enfin tomber sur le lit de mousse, entre les racines d’un sage chêne millénaire. Une svelte licorne s’approche et se couche auprès de la danseuse envoilée qui a fermé les yeux et goûte le bonheur de l’instant.

Calirée a oublié le temps.
Elle a joué dans les creux des arbres, s’agrippant au lierre pour être en un clin d’oeil au faîte. Elle a bondi par dessus les sommets : plus qu’écureuil mais pas tout à fait oiseau.

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Les fantastiques chevauchées à dos de daim, à travers broussailles et bois touffus. Les jeux malicieux avec les furets, et les plongées dans le grand lac en compagnie de commère loutre et compère castor.
Les promenades languissantes sur l’échine de sa licorne, jusqu’à ce que le jour faiblisse.
Alors, à la nuit tombée, une petit clairière s’anime de danses endiablées à la lueur de légions de lucioles. Avec pour cavaliers, de jeunes arbres ensorcelés, qui savaient se montrer aussi charmants qu’un grand seigneur.
Le temps a passé encor.
Elle a joué avec tous les habitants de la forêt.
Tous ?
Couchée dans la mousse humide, elle pense au bonheur qu’elle va devoir quitter. Ce soir, grand-mère Bellazakreth rentre du sabbat des maudits marais.
Quelle drôle de tête elle fera, grand-mère, quand sa petite fille lui annoncera qu’elle ne veut plus devenir sorcière !
Qu’elle n’a aucune intention de se détruire le visage et le corps, la voix et les yeux, prendre un nom hideux afin de singer les mégéres d’un temps révolu...
Qu’elle veut habiter une claire cabane dans les arbres, un nid d’oiseau moussu, une hutte de branchages sur l’île du lac.
Devenir sorcière ? Oui, mais à son idée alors.
Pourquoi donc n’existerait-il pas une confrérie des sorcières du bonheur ?
La magie peut servir à faire tant de choses amusantes. Pourquoi donc répandre partout le malheur, se faire craindre par ses actes mauvais et son aspect effroyable ?
Est-il vraiment utile de changer en souches encombrantes les sabots d’une biche en train d’échapper à une meute ?
A quoi celà sert-il d’alourdir à chaque pas le fagot du bûcheron destiné à réchauffer les siens au coeur de l’hiver ?
Et de rendre les arbres méchants à dessein d’entraver la route du paisible voyageur, ou encore de transformer les yeux d’un cygne en pelote d’épingles...

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Quelle vanité que d’étudier durant toute une vie de vieux grimoires moisis qui traduisent en philtres, potions, poisons, le mal et la haine. Et inventer des maléfices abjects afin de rester maîtresse d’un royaume de soufre et de poussière que bien peu envient...
Faire naître la peur en un regard, la fuite éperdue en un geste, al mort en une parole...

 

Calirée s’était endormie. Peu à peu, sortant de l’épaisseur des écorces, des feuillages, de la terre même, quittant leurs formes de champignons ou de framboises, se défaisant de leur enveloppe de granit : petits génies, sylphes, lutins, lucioles, fées minuscules et sylphides, ondines, esprits follets, farfadets et gobelins, korrigans, djinns, elfes et trolls entourèrent la belle endormie dans son manteau de fragrances. D’autour le cercle n’étaient que questions, réponses évasives :

Un lutin surgissant d’une fraise des bois, tout barbouillé de jus.
- Ah ! Ah ! Ah ! Qui voit-on allongée là ? Une sorcerette !
- Mais non ! Mais non ! Mais non ! Fait un petit génie dont les battements d’ailes font apparaître un arc-en-ciel.
- Par les moustaches du korrigan...
- Qui m’appelle ? Demande le korrigan d’une voix ensommeillée, émergeant d’une fleur de lys.
- Je ne t’appelle, je parle au nom de tes grandioses moustaches.
- Mes moustaches ! Qui en veut à mes moustaches ? Par la trompe d’un Zibullin...
- Qui me demande ? Fait la voix du zibullin occupé à empaler des boules de pollen sur ses antennes effilées.
- Personne, nous parlions de la sorcerette.
- Une sorcerette ? Sauve qui peut ! Zonzonne le zibullin, lâchant ses provisions.
- Qui jeter neige sur moi innocent ? S’exclame un vieux triton émergeant du bassin d’eau. Si moi l’attraper, par baguette de fée...
- Est-elle sorcière ou ne l’est-elle pas ? Demande une luciole fluores cente du fond de la caverne que forme un noeud du bois.

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- Elle ne l’est pas ! Clame un autre lutin juché sur un mille-pattes.
- Mais si ! Mais si ! Mais si ! Aboie un petit être enroulé dans une toile d’araignée.
- Etre ou pas être ? S’interesse le triton empollenisé.
- Elle n’est pas sorcière sur la forme tout en l’étant dans le fond ! Raisonne à sa façon un vénérable génie à élytres blanches.
- Ah !
- Ah ?
- Oh !
- Hein ??
- Je m’explique ! Dit le génie.
- Aaaaah ! Fait un choeur de voix venant de toutes les directions.
- C’est une sorcerette vivant parmi elles, mais n’en ayant point les funestes qualités.
- Qu’est-ce à dire, compère génie ?
- Quelle n’aime pas ses semblables.
- Pouêtte ! C’est vrai ! C’est vrai ! Clame un minsucule esprit nuageux, accroché à la queue d’une libellule. Je l’ai vu moult fois jouer pendables tours aux vieilles haridelles.
- D’ailleurs, elle ne ressemble à aucune d’entre elles, remarque un petit farfadet coiffé du chapeau d’un champignon.
- Pour sûr, elle est bien plus belle ! Minaude une ondine en se mirant dans l’eau.
- Mais elle vit parmi elles ! Grogne un korrigan habillé de feuilles tressées. Et elle étudie leurs maudits grimoires débordants de maléfices.
- En ce cas...
- En ce cas, frère djinn ?
- En ce cas, dabarrassons-en la contrée, reprend le djinn enroulé dans une mince écorce de bouleau. Et il secoue devant lui ses petits poings vengeurs.
- Oui oui oui ! Ensevelissons-la de toile de tataragne et laissons-la sécher dans un arbre ! S’enthousiasme un troll.
- Ou alors, livrons-la aux Hommes...
- Horreur !

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- Serais-tu digne d’être de race sorcière toi-même, frère djinn ? Lance un elfe vert aux longues oreilles pointues.
- Oui, que de méchantes pensées ! Aux Hommes ? Brrrrr ! J’en frémis! Frissonne une sylphide d’azur.
- Tralali ! Tralalaaaa ! Gardons-la parmi nous, chantonne un lutin.
- Le lutin des cîmes a raison ! Crie une fée de sa voix aigüe. A-t-on déjà vu une sorcière s’habiller de parfums ?
- Et avoir si vivifiante imagination pour ses atours ? Renchérit une sylphide.
- Et se prendre d’amitié pour petits êtres comme nous ? Appuie le petit Cyoméras.
- Et écouter les belles histoires de Déesse Source, s’exclame un minuscule gobelin.
- En vérité, nulle sorcière ne supporterait les légendes du petit peuple sans fulminer. Précise un Zuic-zuic aux plumes colorées.
- Oui ! oui ! oui ! Déesse Source n’a pu accorder au hasard son amitié ! Glougloute un elfe des marais tout recouvert d’algues.
- Amis, peut-on tromper l’instinct de la faune sylvestre ? Demande un petit personnage couvert de boue.
- Nenni, pour sûr ! Répond un concert de voix.
- Eh bien, cette sorcière les aime, tout autant qu’elle en est aimée.
- Savez-vous qu’elle soigne ? Glisse une couleuvre.
- Soigner ? Une sorcière ?
- Oui, reprend le serpent. Elle a guérit moult amis des bois.
- Et de quelle nature étaient ces pouvoirs de guérison ? Insinue un vieux troll grincheux.
- Qu’importe, compère troll, coupe un lutin dodu. Puisque soigner est une bonne action.
- Cela est vrai ! Clame un elfe des chaumes. A-t-on déjà vu une de ces horribles harpies employer à autre usage qu’au mal ses pouvoirs ?
- On sait bien que non ! Crie le choeur.
- Que maudite soit la race des sorcières, mes frères ! S’emporte un être écailleux.
- Ainsi en sera-t-il pour mille éternités ! Continue un groupe de Bufs-nufs.

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- Que les Sombres Puissances les patafiolent ! Postillonne un croque-caillou la bouche pleine, pour ne pas être en reste.
- Allons ! Allons ! Nous nous égarons !
- Vous avez raison, cousin korrigan. Qu’ont à dire Cyoméras, Ecureuil, Renard et Licorne ?
- Que nous nous en sommes retournés, guéris et enchantés.
- Voyez, ils n’ont point oublié.
- Il est vrai. Ils ne renient point leur bienfaitrice, remarque l’Ondine.
- On reconnaît là le peuple de la forêt, fait modestement un furet.
- Ils lui rendent sa gentillesse et ses bontés.
- Sorcerette destinée. Lâche sombrement le djinn.
- Destinée ? S’inquiète le lutin joufflu.
- A devenir et à rester...
- Oui, sorcière de par les actes.
- Mais si ce n’est de coeur et d’âme ?
- Cela nous fait bien des questions, embarras et réflexions...
- En vaut-ce la peine ?
- Je vous le dis : certes !
- Que de harangue, compère Troll !
- Par ma vénérable barbiche, demeurons prêts.
- Prêts ?
- Prêts à la sauver.
- Sauver ?
- Vous verrez...

Calirée frémit, se tourne dans son sommeil. Swiip et zip ! Toute l’assemblée disparaît. Plus trace nulle part de l’omniprésente gent elfique.
La licorne agace les longs cheveux bouclés du bout de sa fine corne torsadée. Le petit Cyoméras, roulé en boule, se lèche les babines à grands coups de langue dès que le fumet des fruits des bois passe à proximité de son museau.
Calirée s’éveille et consulte la chute du soleil. Il est grand temps de rentrer. Grand-mère Bellazakreth ne va pas tarder à rentrer de son voyage. Calirée voudrait bien être au hameau pour l’y accueillir la première... et avec un peu de chance, elle passerait sur les longs jours volés aux études !

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Elle salue Source et bois, enfourche lestement la licorne qui entame un trot allègre. Le petit cyoméras tournoie comme une girouette en plein vent autour de la corne, faisant loucher son élégante propriétaire.
L’équipage quitte l’ombre de la grande forêt enchanteresse.
A partir de là, les arbres abandonnent toute majesté. Ils jaillissent péniblement du sol, noirs et rabougris. Leurs branches sont noueuses et torturées, et se recroquevillent en serres inquiétantes qu’on soupçonne à l’affût de quelque mauvais coup. Les troncs sont trapus et courts, tout troués de cavités dans lesquelles on sent peser une menace sournoise.
Dans ces niches enténébrées, on surprend parfois un clignement d’oeil oblique et jaune.
Les rochers s’élancent, déchiquettés, vers le ciel. Ils semblent tous avoir subi la foudre.

Le charmant ruisseau a laissé loin derrière son cours limpide. Il se traîne maintenant en un cloaque épais, qui semble une lave paresseuse, mais qu’on devine terrible pour l’inconscient qui s’en approcherait.
Des ruine indéfinissables allongent leurs ombres maléfiques. Dans leurs lézardes se cachent fantômes et spectres, vampires, gargouilles, goules et esprits mauvais, attendant la venue de la nuit qui lâchera son troupeau malfaisant.
Rouges-gorges, mésanges, hirondelles, cigognes et étourneaux ont laissé place à la faune vautours, chauve-souris, corbeaux et corneilles. Tous oiseaux de malheur par excellence.
Passsant égaré, fuis cet endroit ! N’attends pas que l’angoisse instille en toi son venin. Fuis pendant que tes jambes te portent encore. Ne laisse pas la panique emprisonner ton esprit. Fuis ! Car bientôt, tes os se mêleront à la poussière de ceux qui tapissent ce royaume.
Le sol devient cendreux, l’herbe jaune et famélique.
Nulle pensée ne vient de danser ou de rire.
La lune est un oeil maudit qui surveille son monde de damnés.
Ici se rencontrent à chaque pas êtres de cauchemars et nature hostile.
Il ne peut être confondu avec aucun autre, car :
Ici est le Pays des Sorcières...

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L’escorte de Calirée n’ira pas plus loin. Malgré la protection dont les a entourés la sorcerette, la Licorne sent ses pattes se dérober. L’air siffle au sortir de ses naseaux, et ses yeux semblent injectés de sang. Le petit cyoméras, blotti contre l’échine, se fait tout petit sous les longs poils de l’encolure. Il tremble.
Elle se laisse glisser au bas de la Licorne et embrasse son museau chaud. Ses flancs sont tachés par le sel de la course. Elle enlève la petit boule de fourrure et la serre contre son coeur.
L’un portant l’autre, les deux animaux fuient cette terre maudite.

Calirée marche tristement vers le hameau. Son vêtement de parfums lui-même s’est altéré. Les plus pâles couleurs se diluent. Les autres se mêlent aux teintes violacées de l’endroit, grisaillent et noircissent.
Les odeurs autrefois subtiles vrillent maintenant le cerveau d’un mal entêtant. Les tourbillons fantasques du bel habit se meuvent avec mauvaise grâce, ils retombent, loqueteux.
Calirée soupire. Comme à chaque fois, elle parviendra au village dans une toilette hideuse... que ses consoeurs trouveront par trop merveilleuse.

Un grave évènement a dû marquer le village.
Aujourd’hui, on ne ricane pas sur sa vêture. Aucune remarque sur son aspect de damoiselle.
On ne la regarde pas narquoisement, espérant qu’elle va baisser son regard de profane devant elles. Et les mille petites agaceries qui étaient de coutume pour la mettre hors d’elle, aujourd’hui, n’ont pas lieu.
On lui indique presqu’aimablement que les Anciennes Conseillères l’attendent en leur sanctuaire.
Calirée marche plus vite. Elle fait voler la poussière grise et malsaine sous ses pieds nus. L’air fétide se bloque dans sa gorge. Plus rien n’a l’air comme avant.
Elle étreint sa jolie baguette, vierge de tout sort.

Le fronton de pierres noire, mangé de lichens malades, se profile entre les broussailles. Une ombre grisâtre en sort comme un fantôme. La silhouette observe l’arrivante de sous son capuchon, baisse la tête et se perd au milieu des taillis sans un bruissement.

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Calirée sent un froid lui inonder l’échine.

Elle avance dans une sombre et basse galerie. De chaque côté, creusées dans l’épaisseur des murs suintants, se tiennent debout des momies enrubannées de toiles d’araignées. Les os pointent à travers la peau grise et déchiquetée. Des sourires sans dents éclairent lugubrement les faces de cauchemars. Des squelettes d’animaux sont entassés à leurs pieds.
Leurs phalanges étreignent des crânes renversés dans lesquels brûlent de ocurtes flammes violettes, qui éclairent pauvrement.
Au bout de la galerie, l’ogive d’une grande porte de bronze gravée de runes usées. Derrière un rideau de racines suintantes qui tombent du plafond, les sept Anciennes-Conseillères attendent, immuables.
Devant chacune d’elles, un crâne humain difuse par ses orbites la même lueur que celle du couloir.
La longue pierre noire incurvée qui sert de table est couverte de symboles qui brillent faiblement, empreints d’un quelconque sort. Les murs sont couverts de grimoires dont certains n’attendent qu’un frôlement pour tomber en poussière. Du plafond tombent des stalactites, tellement entrelacées de toiles d’araignées qu’on ne distingue pas la voûte.
Des cages de fer rouillées sont suspendues à des crémaillères. Certaines sont occupées par dl’informes paquets en décomposition. D’autres, tellement attaquées par les vapeurs et l’humidité que le fond en a cédé. La base des barreaux, menaçante, semble attendre qu’une proie s’aventure dessous pour l’encager...
Le lieu maudit et la présence de ces momies vivantes font frissonner Calirée. Il est bien loin le temps où elle venait y commettre ses farces.
Le tas de hardes présidant l’assemblée se convulsionne. Un bras se tend, décharné et hideux, à demi-masqué par une aura de poussière.
La plus vieille et la plus laide des Anciennes écarte des lèvres-parchemins sur de rares chicots fêlés. Sa voix éraillée résonne lugubrement. Une voix de vieux cercueil qui aurait façonné ses mots en ouvrant et fermant son couvercle aux charnières rouillées :
- Voici notre sorcerette-damoiselle. Allons ! Avance-toi !

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Calirée s’exécute. Elle retient sur sa poitrine les lambeaux de son vêtment qui pleut autour d’elle, anéantis par la noirceur du lieu. Les écharpes odorantes s’agittent pour quelques instants encore en faibles convulsions, répandant alentour des vapeurs nauséabondes.
- Encore un habit de nature-blanche, à ce que je vois, se pince la voix de la crécelle. Il me semble avoir déjà donné mon avis à ce propos...
Calirée baisse les yeux. Son plus cher désir est de quitter cet endroit en les plus brefs délais : elle n’y peut plus respirer.
La voix reprend, radoucie soudainement :
- Sorcerette Calirée, nous rentrons de voyage. Voyage bien tourmenté, par les os des Grandes-Ancêtres ! Puisque nous n’avons pu toucher au but.
Les hommes, encore eux, nous ont tendu embuscade, accompagnés de plusieurs magiciens puissants, une horde de vilains armés qui ne ménageaient pas leurs coups, et un dragon enchaîné.
Encerclées dans les rocailles, nous leur avons tenu tête longuement. Les entrailles de leur piétaille a jonché le champ devant nous. Il ne s’en est échappé par miracle qu’éclopés et mourants. Nous avons fait rendre gorge à leur dragon, et nombre de chevaliers ont laissé fiefs sans descendance. Quant à leurs magiciens, ils y regarderont à trois fois avant de s’attaquer à des sorcirès. Hélas, nous avons à déplorer... dans nos rangs...
Aux pieds de l’Ancienne, une valise de cuir ventrue, à demi-calcinée, avec son fermoir de cuivre fondu. La valise de grand-mère...
Calirée a tourné les talons. Elle court dans le long couloir funèbre. Elle trébuche, se rélève, repart.
Les Anciennes pourraient l’arrêter d’un sort. Mais elles n’en font rien. Les larmes sillonnent les joues de la sorcerette éperdue, restent flottantes dans le vent de la course avant de s’écraser sur le sol.

Grand-mère Bellazakreth est morte. Morte...

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Tuée par les hommes.
Ces hommes lâches qui tendent des embuscades avec des magiciens, des chevaliers, un dragon...
Stupides humains qui n’ont pas compris que ce n’était pas de grand-mère Bellazakreth que naissait la guerre...
Infâmes humains sournois qui se terrent aux frontières de leur pays.
Aux frontières de leur pays ?
Mais les sorcières avaient souvent fait des incursions en terre des Hommes, lorsqu’un sabbat avait été placé sous de bons augures.
Combien de raids meurtriers avaient-elles menés ?
Et leurs farces qui consistaient à faire pousser des monolithes dans les champs semés. Menaçant de famine et rendant impropre à jamais la maigre parcelle d’un serf... Pauvres serfs qui avaient parfois bien du mal à choisir leur camp entre la protection de leur seigneur qui les saignaient à blanc et les sorcières qui en faisaient parfois leurs cobbayes de sortilèges.
Mais aussi, pourquoi les hommes brûlaient-ils les sorcières qui habitaient les bois, les bordures de chemins ?
Et pourquoi les sorcières avaient-elle lancé les lierres-constrictors sur les murailles d’un village, privant les habitants de protection ? D’ailleurs, Champ-Roux avait été assailli par une horde de pillards qui n’en avaient laissé qui ruines, tuant jusqu’au dernier enfant.
Et les hommes, n’avaient-ils autre chose à faire que de fabriquer des effigies de sorcières pour servir de cible à leurs archers, à leurs lances...
Ah ! Que ce soit Hommes ou Sorcières, ces deux races étaient bien faites l’une pour l’autre, dans la haine.

Mais les tourments de Calirée n’étaient pas achevés. Le clan des sorcières en avaient vu d’autres. On avait décidé en haut lieu qu’elledevlait rattraper le temsps perdu dans ses études et que, dès que les nouvelles sorcières seraient investies de leurs pouvoirs, l’offensive contre les Hommes aurait lieu.

30


Calirée devrait s’y montrer digne de sa grand-mère, tuéee pour la Cause... la Cause !!!
Tout cela ne voulait rien dire, et ne ressusciterait surtout pas sa grand-mère.
De toute façon, Calirée n’avait rien voulu savoir. L’héritage des vieux grimoires était resté là où sa grand-mère l’avait laissé.
Alors, on avait nommé une éducatrice pour la petite cancre. La plus hideuse marâtre del a communauté. Aussi méchante que bête. ses philtres étaient des erzatz ratés volés à d’autres. Médisante et hypocrite. Personne n’en voulait, pas même comme fournisseur d’ingrédients. La bête noire du village...
On l’avait chargée de faire suivre à la lettre à sa nouvelle élève un programme d’étude établi par les Anciennes.
Elle n’appelait plus Calirée que Verkrlaztrekareth, nom qu’elle trouvait infiniment plus gâcieux. Calirée n’y répondait jamais, mais en entendait les échos à chaque instant.
On l’avait obligée à habiter chez la harpie. Elle y occupait une soupente crasseuse dont même les rats ne voulaient pas. Un crâne évidé rempli de suif dans lequel trempait une mèche puante était sa seule lumière.
Elle devait chaque soir réciter une formule à l’horrible vieille, et tous les trois jours, réaliser un maléfice. L’infâme Krakervekartheth se chargeait d’en fournir les composants.
Calirée dépérissait dans sa prison. Elle avait violemment refusé de changer sa physionomie, et ne touchait pas aux ragout immondes que lui abandonnait son cerbère dans des écuelles douteuses.
Elle avait réputation d’incorporer à ses bouillons ses préparations ratées et de dévorer les restes de ses sujets magiques.
Un nuit, sa geôlière avait tenté de la surprendre durant le sommeil. Elle avait à dessein de planter des germes de furoncles sur le visage et de la coiffer d’une méduse de bayou pour transformer sa chevelure. Calirée avait frappé la mégère d’un tisonnier, et lui avait jeté au visage le suif bouillant qui l’éclairait.

31


L’immonde femme avait pris la fuite en hurlant de douleur.
La sorcerette passait ses journées sur sa paillasse, noyée dans son chagrin. Elle pensait souvent aux animaux du bois, à la déesse Source. Le soleil lui manquait et elle adressait de ferventes suppliques à sa fangeuse gardienne dans l’espoir de le revoir, mais en vain.
Ses seuls compagnons étaient les scolopendres, perce-oreilles, cancrelats, cafards, poux et autre vermine qui grouillaient dans le réduit.Et quelques rats pelés, prisonniers eux aussi, à qui elle donnait sa nourriture.
Un matin, elle arracha la perle d’eau de sa baguette, et la donna au rat malade qui avait survécu à la mangeaille répugnante. Elle lui expliqua où trouver la Source, et de jeter la perle dans son bassin : elle comprendrait.
L’abominable mégère ne vit qu’au dernier moment s’enfuir le misérable rongeur, qui sut éviter les sorts lancés à sa poursuite.
Trouvant que la torture par la faim ne semblait pas affecter sa pensionnaire, la carogne la tourmentait durant son sommeil. Elle infiltrait par les disjointures du chambranle des écharpes putrides qui se gorgeaient de l’air confiné du réduit, laissant la sorcerette haleter et chercher l’oxygène à grands efforts.
Un matin, Calirée se réveilla dans le noir, se débattant mollement dans des voiles gluants qui collaient ses cheveux, empêchaient ses paupières de s’ouvrir. Epuisée de lutter, à bout de ses dernières forces, Calirée se laissa aller dans les rêts qui la maintenaient debout.
Entra sa tourmenteuse, une chandelle prise entre ses doigts crochus.
Calirée poussa un hurlement de terreur. Des milliers d’araignées avaient tissé dans la nuit un tel écheveau de toile que la moindre poussisère de la soupente y était prise. Au-dessus de la couche, les voiles déchirés marquaient l’endroit où elle s’était débattue.
Où quze portaient les regards, dans les tunnels opaques qui trouaient les filets, brillaient d’étroits yeux verts.
La poissarde grinçait sur le seuil, heureuse de l’effet produit. Elle souhaita terrible journée à sa pensionnaire et repartit en claquant la porte, emmenant sa lumière.

32


Calirée sentit vibrer les toiles de toute part. Elle se fit mulot et se glissa sous la toile de son grabat, faisant corps avec le chaume moisi.
Elle trembla de peur toute la journée.
Une vive lueur lui fit sortir le nez des fétus malodorants. Un spectre d’arcs-en-ciel virevoltait sous les poutres.
Les araignées et leurs toiles avaient disparu. L’étrange apparition se balladait sans souci. Quand elle aperçut Calirée, elle fondit au ras de son visage et se décomposa en ricannements qui lui meurtrirent les tympans.
Les spectres se séccédèrent de longues heures.
Jusqu’au petit matin.
Un chaudron se matérialisa alors dans un coin de la pièce, vomissant des orties coiffées de têtes de mort, arborant sauvagement des faux rouillées.
Les plantes, courant sur leurs racines arrachées, poursuivaient Calirée, tentant de lui trancher les chevilles. Juchée sur un vieux meuble branlant, elle lançait sur les concentrations de monstres végétaux d’épais livres de sortilèges qui les écrasaient. Pour un démon abattu, vingt se dépêtraient du ventre du chaudron. Bientôt, tout l’espace fut envahi de plantes vénéneuses. Calirée saignait par cent coupures, et agravait encore ses blessures de se gratter sous l’irritation du poison.
Elle défendait âprement son meuble-bastion pris d’assaut par les horreurs miniatures qui se faisaient la courte échelle dans l’espoir de l’achever.
Au centre de la pièce, une pyramide se formait, composée de centaines de plantes-monstres, qui avançaient inexorablement vers le meuble. Les faux lacéraient le vide devant elles, impatientes d’entamer la chair qui cédait si bien sous leurs Quatre groupes de sataniques véataniques végétaux attaquaient chacun un pied du meuble. Des copeaux volaient à chaque coup, réduisant l’assise de la forteresse de bois.
Sapée à la base, l’armoire bascula en avant. La sorcerette épouvantée atterrit sur l’échaffaudage précaire de la pyramide qui s’éparpilla.

33


Les instruments de mort hachèrent les cheveux bouclés, mordirent sauvagement la chair qui se stria de longues balafres sanglantes. Les tiges maudites irradièrent du poison dans son corps entier.
La répugnante harengère avait ouvert la porte et se repaissait su spectacle. Avant que ses légions damnées n’aient achevé sa pensionnaire, elle fit un geste.
Et les orties refluèrent en force vers la gueule du chaudron qui les avala toutes. Les indemnes ayant au passage ravi les restes des mortes.
Sa moisson faite, le vieux chaudron bourré se suspendit un instant en l’air, et disparut en un éclair aveuglant.
Les doigts noueux de l’immonde gaupe tendaient une épaisse planchette. Dessus était posé un couvercle de marmite.
Elle grinça :
- Voilà ton ingrédient pour le sortilège d’aujourd’hui, puisque tu as laissé échapper ton rat. Que tout soit prêt avant la nuit !
Et elle sortit, abandonnant derrrière elle l’écho de ses ricannements aigres.
De petits cris sourdaient de sous le couvercle. Calirée le retira. Un hurlement à rendre fou sortit de sa gorge.
Derrière la porte, les gloussements maveillants attinrent leur paroxysme.
Le petit cyoméras était fixé sur la planche par d’énormes épines qui traversaient ses pattes, tendaient la peau de ses flancs, plaquaient ses longues oreilles velues sur le bois.
L’un de ses yeux était crevé. De l’autre s’échappaient la souffrance et l’incompréhension.
Il gémissait faiblement. Une croûte de sang caillé maculait la planche.
Calirée entreprit d’arracher les épines avec précaution. A chacune, elle ravivait la douleur. A la dernière, le petit animal mourut en un ultime couinement pathétique.
Calirée s’était, depuis, allongée sur sa paillasse. Elle serrait contre elle le petit cadavre aux poils raides de sang séché.

34


Elle ne fut pas tourmentée cette nuit-là.
Ni la suivante.
Elle refusait toujours de manger. Ses paupières ne s’ouvraient plus. Sa respiration trouvait difficilement la force de soulever sa poitrine.
Plus faible qu’un chaton nouveau-né, elle distingua vaguement le fracasdu bois. Elle devina à peine les lumières scintillantes.
Les lucioles bondissaient, allumant des couleurs gaies dans la prison. Des korrigans se battaient avec leurs haches d’étincelles contre les noyaux de noirceur laissés en sentinelle pour surveiller la mourante.
Les sylphes et les dryades repoussaient les spectres sombres qui s’acharnaient autour des génies. Un vieux farfadet combattait de sa baguette de lumière l’esprit mauvais de la maison, soulevé d’horreur devant l’intrusion de ces créatures bienfaisantes.
La licorne, auréolée d’argent, entra, secouant sa corne pour en débarrasser le cadavre de Krakervekartheth, embrochée par le milieu du corps.
Le vieux troll à barbe blanche, assis sur une bulle, commandait aux petits lutins sautillants. Ceux-ci soulevèrent Calirée d’un seul effort, la hissèrent sur l’encolure du cheval mythique. Ses doigts serraient toujours le petit cadavre pourrissant du cyoméras.
Trois sylphides arrachèrent les grossiers vêtements emplis de vermine.
La licorne sortit le la cahute dévastée, et s ‘engagea sous un tunnel d’eau claire envahi d’un fin brouillard protecteur. De partout s’entendait le murmure de la Source, intimant le départ immédiat.
Les farfadets retardataires sortirent précipitemment de la barraque, vainqueurs des derniers maléfices.
Les sabots de la licorne martelaient le sol détrempé, faisant gicler des geysers à chaque pas.
Des forces terribles pressaient les flancs du tunnel d’eau, dans l’intention d’anéantir ses occupants. Déformées par le brouillard, les sorcières grimaçantes s’acharnaient sur l’ennemi venu les narguer en leur royaumme

35


De leurs bâtons tordus s’échappaient des vapeurs qui percutaient en des envolées de noires étincelles la protection aquatique qui abandonnait le terrain sur les talons du dernier lutin.
De petits génies sautillaient de-ci de-là, soufflant de leur flûte les notes aigrelettes qui colmataient les brèches ouvertes par le Mal dans le mur d’eau.
Tout autour de la Licorne voletait le nuage des petits êtres merveilleux qui ramenaient leur Reine-Elfe en sa véritable contrée...

 

Il était écrit en effet :

 

« Insensible au venin des sorcières,
Dans leurs enfers se purifiera
Abandonnée seize années entières
Celle qui sur les Elfes règnera».

 

FIN


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